Partenariat entre Avenir Social et Confédération des Syndicats Autonomes Sénégal.

Entretien avec Mme Dado GOUDIABY

Fama FALL : Bonjour Dado, grace à l’appui de nos amis Français de l’Avenir Social nous venons de boucler un programme d’alphabétisation de sept mois en langue Sérère qu’est-ce qu’une telle activité t’a apportée ?

Dado : merci Fama. Tu me donnes l’occasion de remercier nos amis de la CGT, de l’Avenir Social et surtout de vous en commençant par Mamadou DIOUF Secrétaire Général de la CSA. Cette classe, c’est comme si c’est pour moi seule qu’elle a été conçue. Comme tu le sais, je suis d’ethnie Diola, originaire de la Casamance. J’ai épousé un Sérère, et je me suis retrouvée dans un village Sérère, loin de l’environnement géographique que j’ai toujours connu. Et comme tu le vois, l’activité économique, pour une femme, est plus difficile ici car la nature offre moins de possibilités que dans ma région d’origine. Il m’a fallu tisser de nouvelles relations et apprendre une langue, celle du milieu, que tout le monde parle ici. Je n’ai cependant eu aucune difficulté d’intégration car tu sais qu’il y a entre Diola et Sérère un cousinage qui se traduit par une parenté à plaisanterie qui fait que je me suis adaptée très vite, et tout le monde s’y est mis pour que, très rapidement, je maitrise la langue locale. Mais je ne savais ni lire ni écrire. Ceci est un handicap majeur quand on veut avoir une activité commerciale. On ne pouvait même pas calculer pour savoir ce que l’on a investi, ce que l’on a eu comme recette et le montant du bénéfice. On ne pouvait pas à priori évaluer la rentabilité ou les risques d’une opération. Avec la formation que nous venons de suivre, pour ma part je sais lire et écrire et faire des calculs, et plus personne ne pourra désormais me tromper, pas même toi (rires), je sais manier un téléphone portable et une machine à calculer. Au départ quand j’allais au district sanitaire on me demandait d’acheter un carnet qui à mes yeux ne servait à rien. J’avais tendances à le négliger car il n’avait aucune signification pour moi, sinon m’encombrer. Maintenant que vous m’avez remis ce carnet en Sérère, je l’ai lu et je comprends que le docteur y a consigné tous les renseignements dont il a besoin pour mieux suivre ma santé. (rires) maintenant je m’en occupe très bien…..

Fama FALL et vos relations avec les hommes ?

Dado : il faut dire que dans le syndicat nous avons notre comité à part. Il n’y a que des femmes. Mais on est ensemble dans le village et si nous trouvons du temps pour cette formation, c’est avec leur soutien. C’est eux qui on confectionné cette hutte qui abrite les cours, et qu’il faudra refaire après chaque hivernage, à défaut d’avoir une classe en dur. Désormais, les hommes nous écoutent un peu plus car beaucoup d’entre eux savent qu’avec les livres que nous avons commencé à lire, notre horizon est en train de s’élargir. Et puis nous on se bat maintenant pour que dans les décisions à prendre, on nous écoute et on tient compte de notre avis.

Fama FALL : Et vos enfants ?

Dado : mes enfants, et je ne suis pas le seule à le penser, auront un sort bien meilleurs. Je n’attendrais pas que ma fille ait, comme moi, trente-huit ans pour découvrir l’alphabet. Je ferai tout pour que mes enfants aient une scolarité normale. S’ils doivent faire à pied dix kilomètres par jour, ils le feront car le savoir en vaut la peine.

Fama FALL : merci Dado

Dado : merci Fama mais nous voulons aussi apprendre le Français.

Propos recueillis en Wolof, transcrits et traduits en Français par Fama FALL

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